Assis sur un banc, le vieil homme le visage tourné vers le ciel, au milieu de nulle part, contemplait fixement les vagues grises déferlantes sur la houle des nuages.

Son visage s’était dessiné à l’usure des années et je fus surpris de trouver beau ses traits si peu conventionnels. Il regardait là-haut, j’avais envie de le suivre. Je finis par lui demander ce que sans doute mes jeunes années ne m’accordaient encore à voir. Il ne lâcha pas le ciel du regard, mais ses rides semblaient disparaitre et un sourire vint s’accouder aux commissures de ses lèvres. Le temps et l’âge, qui auraient pu il y a encore un instant diviser l’espace, n’étaient soudain plus qu’une futilité, à laquelle ces rencontres ne prêtent plus attention.

La mer était le ciel, le ciel une étendue d’eau, nous n’étions qu’un. Les successions de formes obscures et fades laissaient place à des lavis de violet et de rose. Le noir et le blanc semblaient se retirer pour me permettre d’entrevoir la naissance des camaïeux tendres. Comme mon premier jour sur terre, j’aurai voulu crier. La douleur de la première inspiration et de l’air qui s’immisce dans les recoins de mes poumons.

Elle était là, la couleur, ma liberté.

Je n’entendrais jamais son rire, il ne m’a jamais dit son nom. Il se mêle à ma voix, parfois même se dessine sous mes rêves suspendus. Je l’appellerai donc « évidence » pour le reste de ma vie. Lorsque je regarde le ciel aujourd’hui, je ne sais lequel de nous deux sourit, mais je retrouve ce sentiment sublime et grisant des Hommes qui ont su simplement, un jour, caresser l’optimisme de la vie.

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Alexandre Martin